Des liens de ronces cirés qui coulissent

Atelier corbeille-feuille de A à Z

C’est aux Ponts-de-Cé ce weekend que nous avions rendez-vous pour découvrir les liens de ronces au travers de l’étonnante corbeille-feuille !

À l’apparence simple, aux formes épurées, aux coutures et nœuds à l’essentiel, la corbeille-feuille dissimule plusieurs étapes clefs que nous avons expérimentées en profondeur.

Du roncier aux éclisses de ronce

Commençons par le commencement. Les plus belles ronces sont à l’intérieur des ronciers de façon générale. Ici, c’est bien le cas. À quelques mètres de la Loire, le sol a toutes les qualités requises pour de beaux sujets.

Si gants et sécateurs permettent d’éviter quelque éraflure, il faut se frayer un passage, couper chaque tige à la base, trouver le meilleur chemin pour l’extraire, sans forcément sortir soi-même dudit roncier.

L’observation de l’intérieur d’un roncier est instructive ; accroupi, on comprend mieux le rôle pionnier, protecteur et d’abri qu’il joue. Après quelques instants, on s’y sent presque bien !

Au beau milieu des ronciers..

La ronce a cinq faces

Une fois le prélèvement terminé et les épines raclées, commence l’étape d’extraction des faces. Chaque face est bordée par ce que l’on appelle des côtes ou arêtes sur lesquelles sont/étaient flanquées les épines.

Le jeu consiste à isoler, dans un premier temps, deux faces d’un côté et trois faces de l’autre. Le couteau ne tranche pas mais guide le mouvement oscillatoire haut-bas de la lame passant par deux côtes opposées. On entend le crissement des fibres qui, naturellement, libèrent les deux parties délicatement.

Les trois coupes suivantes consistent à trancher avec l’arrondi de la lame inclinée à 45° vers l’arrière, le long d’une côte. Autrement dit, on fend par le milieu les empreintes d’épines. On aperçoit alors les belles lanières qui se dégagent. Attention, ce geste doit être fluide en travaillant sur des sections de 2 à 3 cm tout au plus à la fois.

Un geste délicat qu’il faut s’approprier

Cet apprentissage doit être répété des fois avant une bonne appropriation. Nous remarquons que la moelle intérieure a la fâcheuse habitude de freiner, voire davantage, la lame. Il convient de s’arrêter juste à temps !

Les chaleureux rayons du soleil aidant, nous effectuons cette préparation parmi les ronciers abondants. Dernière étape, le raclage de la moelle de chacune des quatre (ou cinq parties pour les plus chanceux). Fort heureusement, il n’en reste plus que qu’un cinquième. En une seule passe, par section de 20-30 cm, le plat de lame à la perpendiculaire et fermement maintenue, la lanière posée à plat sur la jambe, le raclage s’effectue aisément.

Même si l’hiver n’a pas été rude, on sent bien cette fine couche boisée qui file sous nos doigts.

Décalage initial & dessus-dessous…

De retour au coin du feu, avec notre lot de fraiches éclisses, nous en sélectionnons quelques-unes de façon à obtenir 9 éclisses de 40 cm de long environ.

C’est parti pour la première corbeille-feuille. Éclisses superposées, nous lions le fagot en son milieu, le temps du tissage. Nous travaillons côté écorce vers l’extérieur de la courbe.

De retour au coin du feu, nous travaillons sur table

Corbeille-feuille en tissage 2:2

Le tissage 2:2 qui commence, est aussi appelé tissage à chevrons, armure Sergé (textile) ou encore Tweed (irlandais). Qui dit 2:2 dit motif 4 trames · 4 chaines. Ce motif élémentaire est ensuite reproduit par juxtaposition.

  • Le modèle ci-contre montre le résultat avec les 9 éclisses mentionnées.
  • « A » correspond à la ligature avec le lacet
  • Tandis que « B » figure l’emplacement de la pince à linge pour bloquer le tissage (et libérer les mains 🙂 )

Deux accessoires utiles, un lacet et une pince à linge, original non !

Cirage et coulissage, les 2 secrets…

Les liens de ronces aux fibres boisées, sont parfaits pour être utilisés tels quels, après une nuit de séchage. La confection d’une corbeille-feuille implique rigueur et attention. Pour un bon coulissage des éclisses à tisser, il existe une recette simple et éprouvée : le cirage à la cire d’abeilles.

Bon à savoir..

La fameuse recette huile-cire des ébénistes s’applique aux éclisses boisées de ronces. Personnellement, je cire mes éclisses avant usage. Je les assouplis une minute avec mes doigts ou 1 morceau de cuir. Cela facilite le montage/tissage sans besoin d’humidifier.
Une fois l’objet terminé, j’applique au pinceau ou à l’aide d’un chiffon propre une fine couche d’huile végétale (tournesol, amande, par exemple).

La couture en zig-zag de la bordure

Après un dernier ajustement de la forme globale galbée, la bordure en « V » de la corbeille-feuille vient verrouiller le tissage des éclisses.

Nous affinons une ronce : 2,5 cm de large et 60 cm de long. Puis nous l’écorçons soigneusement. Nous préparons 4 languettes (ronce ou écorces) de la largeur d’une éclisse et de 20 cm de long environ.

La couture en zig-zag serre le tout en sandwich : les 2 languettes posées au-dessus et au-dessous, le lot d’éclisses (croisant le dernier montant) et le montant (de rive) lui-même.

Nœud japonais · le papillon

Ce nœud vient remplacer le lacet initialement utilisé. Nous affinons une nouvelle ronce : 2,5 cm de large et 70 cm de long. Puis nous l’écorçons soigneusement.

Cette touche finale est effectuée de concert. Instant méditatif, assurément, clôturant la phase (plus ou moins éprouvante) de tissage !

Merci à Christelle et Patrick pour leur accueil et leur générosité. Merci Lise, Anne, Delphine pour leur persévérance.